• Admin

Tiers-Lieux : des espaces peu communs

Tiers-Lieux. Ce concept à la mode est repris à tout-va par bon nombre de lieux atypiques, ne rentrant pas dans des catégories très formelles. Aujourd’hui, tout lieu un peu borderline, original et parfois même à la limite du fourre-tout est considéré comme Tiers-Lieu. Pourtant, il n'en existe pas plus de 2000 en France (1800 en 2018). Bien qu’en constante évolution et multiplication, les Tiers-Lieux se doivent d’obéir à certains critères pour être considérés comme tels.


Je vous invite à découvrir l'univers des Tiers-Lieux et à vous arrêter un instant sur certains Tiers-Lieux à Marseille !


La Fabulerie - Marseille (Crédits : Tarpin Bien)


Un Tiers-Lieux, c'est quoi en fait ?

Revenons rapidement aux origines de cette expression, qui vient de l’anglais “the third place” (le troisième lieu) et qui désigne tout environnement social en dehors de la maison et du travail.

Si l’on s’en tient à cette simple définition, un Tiers-Lieu serait donc tout espace qui n’est ni notre maison, ni notre lieu de travail (quand nous avons l’immense chance d’en avoir).

Un bar, un parc, un musée, la mairie du petit village voisin seraient tous des Tiers-Lieux ? Pas si simple que ça.


Il n’existe pas une seule et unique définition juste lorsque l’on parle de Tiers-Lieux, mais je vais essayer de vous donner celle qui s’en rapproche le plus. Ce concept de “troisième lieu” a été théorisé par Ray Oldenburg, professeur de sociologie urbaine en 1989 dans son livre “ The Great Good Place”. Ici, Oldenburg s’est donc intéressé à ces lieux, qui ne sont ni nos lieux de vie ou de travail et se situant entre l’espace public et l’espace privé. Pour lui, l’absence de cafés, de bars-restaurants, de parcs, laveries… dans les quartiers ou quartiers résidentiels américains serait catastrophique puisqu’elle empêcherait tout lien social et toute rencontre qui se fait en général à moindre coût. En me baladant dans les recherches qui avaient été faites sur la conceptualisation de Ray Oldenburg, je suis tombée sur un paragraphe d’article qui, je pense, nous aidera à y voir plus clair :

D’après Oldenburg, les Tiers-Lieux facilitent les échanges de différentes façons. Par leur caractère à la fois neutre et vivant, les échanges sont informels, spontanés et les acteurs sont sur un pied d’égalité. De plus, en étant investis d’habitués, engager la conversation y est confortable et y prolonger son séjour est une perspective agréable. Enfin, les Tiers-Lieux sont de véritables "homes away from homes", des lieux qui s’apparentent aux foyers par leur ancrage physique, leur chaleur humaine, la sincérité des échanges et le sentiment d’appartenance sociale qu’ils procurent.” - Ariane Blanchet, Comment caractériser les Tiers-Lieux, troisiemelieu.org.

Oldenburg appuie le fait que ces espaces neutres engendrent des liens, des échanges spontanés, qui sont propices et nécessaires à la formation de groupe et au développement des créativités individuelles.

Pour Antoine Burret, chercheur sociologue et spécialiste de la question des Tiers-Lieux, qui en a étudié les tenants et aboutissants, la définition la plus exacte serait de dire qu’un Tiers-Lieu est :


“Une configuration sociale où la rencontre entre des entités individuelles engage intentionnellement à la conception de représentations communes”. Antoine Burret

Et là je vous vois tous faire les gros yeux : qu’est-ce qu’il vient d’être dit ?!


En gros, pour lui, l’essence du Tiers-Lieu serait une création commune, le fait de mobiliser les compétences et la créativité de chacun pour construire quelque chose ensemble. Comme l’évoque tout spécialiste de la question, le “faire ensemble” est un composant obligatoire au Tiers-Lieu. Mais il n’est pas la seule condition à respecter pour faire valoir le droit d’être un Tiers-Lieu digne de ce nom.



Coco Velten - Marseille (Crédits : Yes We Camp)


Les caractéristiques du Tiers-Lieux

Comme dit précédemment, il n’existe pas une seule forme de Tiers-Lieu. Culture, éducation, création artistique, médiation… le Tiers-Lieu peut englober ou représenter un seul ou plusieurs de ces domaines en son sein. Cependant, n’est pas Tiers-Lieu qui veut !

La base du Tiers-Lieu, le “faire ensemble”, est la condition sine qua non à la qualification de Tiers-Lieu. Pour qu’un espace soit qualifié ainsi, il se doit de respecter les conditions suivantes, établies elles-aussi par Ray Oldenburg :


  • Le Tiers-Lieu est un terrain neutre. Aucun rapport de force hôte/invités et donc aucune obligation due de la part de la personne fréquentant le lieu envers la personne à l’origine du projet

  • De ce terrain neutre découle l’ouverture du lieu, son accessibilité totale à tout public, sans discrimination ni hiérarchie.

  • Après l’accessibilité physique, vient naturellement la communication et la libre expression de chacun. Toute parole est considérée et peut entraîner au dialogue.

  • Pour qu’un Tiers-Lieu s’adapte à tous les modes et rythmes de vie, il est préférable que ce dernier soit le plus souvent accessible en termes d’horaires d’ouverture. Plus un lieu a la capacité de rester ouvert longtemps, plus il s’ancre dans le domaine des Tiers-Lieux.

  • Chaque Tiers-Lieu se doit d’avoir un noyau dur. Car c’est la communauté elle-même qui fait vivre le lieu. Il faut donc une bonne base de personnes prêtent à s’engager auprès de ce lieu, ce qui incitera curiosité et engagement de la part d’autres personnes.

  • Une des caractéristiques très importante et bien souvent oubliée des Tiers-Lieux est le profil bas. Un Tiers-Lieux n’est pas juste un espace à la mode, fancy et instagrammable. Il n’est ni extravagant, ni prétentieux et se doit de rester à son image de lieu accessible, simple, chaleureux…

  • L’ambiance joviale du Tiers-Lieu est tout aussi indispensable à son bon fonctionnement. Chacun doit être reçu dans les meilleures conditions afin d’être libre de créer des liens.

  • Enfin, le Tiers-Lieu est, comme l’expression “Homes away from homes” d’Oldenburg l’entend, une seconde maison, un lieu extérieur à l’habitation de celui qui le fréquente mais qui pourtant lui donne un sentiment d’appartenance et l’impression de posséder quelque chose. Le Tiers-Lieu appartient finalement à tous et peut parfois être plus ressourçant et rassurant que sa propre maison.


Typologie des Tiers-Lieux et quelques exemples à Marseille

Compte tenu ces critères définissant le Tiers-Lieu, nous pouvons désormais établir une liste non exhaustive des Tiers-Lieux qui constituent la cité phocéenne. Car il est vrai qu’au fur et à mesure que je découvrais ces caractéristiques, je pensais à de moins en moins de modèles qui prétendent y correspondre mais qui, dans la réalité des choses, n’ont de Tiers-Lieu que le nom ou l’image à la mode.

Ces derniers seraient alors qualifiés de Quarts-Lieux par Arnault Morrisson, Docteur en géographie économique, puisque ne répondant pas au modèle économique, social, politique… du Tiers-Lieu.


Cependant, avant de lister les différents Tiers-Lieux à Marseille, je vous propose de vous arrêter un instant sur les différentes typologies de Tiers-Lieux :

  • Le Tiers-Lieu d’activité : il encourage la collaboration et la mutualisation des savoirs et compétences de chacun. Ici, le Tiers-Lieu est basé sur un espace de travail partagé, permettant de créer un projet commun à l’aide de ressources mises à disposition par le Tiers-Lieu. On retrouvera alors dans cette catégorie les espaces de co-working, les espaces collaboratifs et même parfois, les cafés associatifs.

  • Le Tiers-Lieu d’innovation : comme son nom l’indique, ce type de Tiers-Lieu met en avant l’expérimentation et le prototypage. Basé sur l’interaction entre plusieurs acteurs (chercheurs, acteurs économiques et usagers), ce lieu tend à inciter la réflexion collective. Nous avons dans cette catégorie les incubateurs, par exemple.

  • Le Tiers-Lieu social : Celui-ci repose davantage sur l’aspect social du Tiers-Lieu. Entrepreneuriat solidaire, participation citoyenne et enjeux sociétaux sont fondamentaux à l’élaboration du Tiers-Lieu social, qui souvent se réfère à l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) et l’économie collaborative. Pour exemple, des coopératives de Tiers-Lieu, des associations ou encore des démarches citoyennes peuvent entrer dans cette case de Tiers-Lieu social.

  • Le Tiers-Lieu de services au public : afin de lutter contre l'isolement (social, numérique…) et d’accompagner les usagers dans des démarches administratives, le Tiers-Lieu de services propose un service personnalisé et améliore la qualité des services publics existants. A l’origine de la démarche peuvent se trouver des associations, des collectivités ou encore des opérateurs de services au public.

  • Le Tiers-Lieu culturel : cette dernière typologie de Tiers-Lieu n’est pas des moindre puisqu’elle se réfère à tous les lieux proposant des activités artistiques dans un but de redynamiser un territoire en donnant accès à une offre culturelle à tout public. On retrouve dans cette catégorie des bars et restaurants, des salles de spectacles ou d’expositions…